Il y a un raisonnement que je rencontre très souvent. Il est logique en apparence. Il est défendu avec conviction. Et pourtant, il abîme les bases CRM en silence.
Nous l’avions déjà abordé dans l’article Envois Fullbase : le réflexe qui coûte beaucoup plus cher qu’il ne rapporte et ressemble à cela :
Votre base contient 300 000 contacts, votre panier moyen est de 100 €, votre taux de transformation de 0,5%.
Vos équipes commerciales vous indiquent qu’elles doivent générer 120 000 € de CA ce mois-ci et qu’elles ont besoin de router une offre.
Il faut donc transformer 1 200 contacts pour atteindre l’objectif.
1 200 ÷ 0,5% = 240 000 contacts à solliciter
+90% des Directions que je rencontre se disent :
« faisons un full base et on devrait même dépasser les objectifs ! »
Le calcul tient la route sur un tableau Excel. Mais sur une base de données, le calcul n’est pas si évident que cela et l’impact est bien plus grand…
Le problème du raisonnement macro
D’abord, raisonner en taux moyen, c’est raisonner comme si tous vos contacts avaient la même probabilité de transformer. Or ce n’est presque jamais le cas.
Prenons l’exemple de l’automobile. Il est particulièrement parlant parce que les écarts de prix entre les gammes y sont parfois importants et immédiatement concrets.
La cible d’une citadine compacte à 18 000 € n’est pas la même que celle d’une berline premium à 65 000 €. Les revenus, les attentes, les déclencheurs d’achat, le cycle de décision… tout est différent.
Déclencher un full base sur une audience si hétérogène a fatalement des effets de bord. Vous aurez sollicité des contacts qui n’étaient pas concernés. Vous aurez envoyé un mauvais message, qui génèrera au mieux des frustrations, au pire des désabonnements. Certains signaleront même le message comme spam. La délivrabilité se dégradera.
Et le taux de transformation du prochain envoi sera encore plus bas, ce qui poussera à envoyer encore en full base pour compenser.
C’est un cercle vicieux. Et il commence par un calcul qui semblait raisonnable.
Ce que les équipes commerciales ne voient pas
(et que le Marketing peine à défendre)
Les directions commerciales n’ont pas tort de fixer des objectifs ambitieux. Le problème, c’est que le marketing n’a pas toujours les bons arguments pour expliquer pourquoi la mécanique full base est contre-productive, y compris pour atteindre ces objectifs.
Voici ce qui se passe réellement quand on envoie en full base pour tenir un ratio :
- Le taux de transformation apparent se maintient à court terme parce qu’on augmente le volume.
- Mais la base se dégrade : désabonnements, plaintes, contacts injoignables qui restent dans la base et faussent les indicateurs.
- La délivrabilité chute : les FAI et les messageries identifient vos envois comme peu pertinents. Vos prochaines campagnes arrivent moins bien en boîte de réception, y compris auprès des contacts qui auraient transformé.
- Le taux de transformation réel baisse : vous touchez de moins en moins les bons contacts, au bon moment.
En d’autres termes : pour tenir l’objectif du mois, on hypothèque la performance des mois suivants.
Pour illustrer ce phénomène, reprenons l’exemple chiffré du début de l’article, mais avec un taux de transformation à 2% :
Votre base contient 300 000 contacts, votre panier moyen est de 100 €, votre taux de transformation de 2%.
Pour générer 120 000 € de CA ce mois-ci, et donc les 1 200 commandes, le calcul est rapide :
1 200 ÷ 2% = 60 000 contacts à solliciter
Soit 20% de votre base.
Pas encore du full base, mais la logique qui y mène directement est déjà là.
Comme vous constatez avoir facilement atteint votre objectif commercial, avec seulement 20% de votre base, vous persévèrerez dans cette direction et multiplierez ce type d’envoi, convaincu du bon sens de votre démarche, d’autant que les Sales et la Direction se réjouiront de si bons résultats.
Mais voilà ce qui se passe quand les envois mal ciblés se répètent : les désabonnements s’accumulent, la délivrabilité se dégrade, et c’est le taux de transformation qui chute.
C’est ça, le vrai coût du raisonnement macro. Il ne se voit pas dans le reporting du mois. Il se voit six mois plus tard, quand la base ne répond plus.
Comment arbitrer concrètement ?
Face à la pression commerciale, il ne s’agit pas de refuser l’objectif. Il s’agit de proposer une alternative crédible avec des chiffres à l’appui.
Montrez le coût réel d’un désabonnement. Un contact désabonné, c’est un contact perdu définitivement. Selon les secteurs et la valeur vie client, ce coût peut être significatif. Le rendre visible change souvent la conversation en interne.
Voici comment il peut être calculé :
Coût d’un désabonnement =
(LTV moyenne × Taux de marge × Taux de conversion base) + Coût d’acquisition prospect (CAC)
Exemple concret avec une LTV moyenne de 800 €, une marge à 30%, un taux de conversion sur la base de 2%, et votre CAC de 35 €.
Chaque désabonnement vous coûte réellement :
(800 € × 30% × 2%) + 35 € = 4,80 € + 35 € = 39,80 €
Sur 500 désabonnements générés par un envoi full base mal ciblé
(soit un taux à 0,16%) , c’est
19 900 €
envolés,
sans compter la dégradation de la délivrabilité et le biais introduit dans vos indicateurs.
Et contrairement au CA du mois, ce coût n’apparaît dans aucun reporting.
Segmentez avant de calculer le volume. Plutôt que de partir du taux moyen sur la base totale, identifiez les segments réellement susceptibles de transformer sur la gamme concernée. Calculez le taux de transformation sur ce segment. Vous obtiendrez un volume cible plus petit mais un résultat probablement comparable, voire supérieur.
Reprenons le même exemple, mais en segmentant.
Vous identifiez 40 000 contacts réellement susceptibles de transformer sur la gamme concernée ET avec un taux de transformation de 4% sur ce segment cette fois, car le message est pertinent et la cible cohérente.
40 000 × 4% = 1 600 commandes
1 600 × 100 € = 160 000 € de CA
Soit
40 000 €
de plus que l’objectif initial.
En sollicitant 200 000 contacts de moins. Sans désabonnements inutiles. Sans pression sur la délivrabilité.
Ce n’est pas de la théorie. C’est ce que permet une segmentation même basique, appliquée avant de décider du volume à contacter. On constate généralement des engagements qui doublent ou triplent, dès lors que le ciblage est cohérent.
Le message pour le commerce devient alors simple : on n’envoie pas moins pour faire moins. On envoie mieux pour faire plus et on préserve la base qui produira les résultats du mois prochain.
Suivez la délivrabilité comme un indicateur business. Pas comme un indicateur technique réservé aux équipes CRM. Quand ce taux baisse, c’est du chiffre d’affaires potentiel qui disparaît avant même que la campagne ne soit lue.
En résumé
La pression commerciale ne disparaîtra pas. Ce n’est pas le sujet.
Le sujet, c’est la façon dont elle est traduite en actions CRM. Un raisonnement macro peut donner l’illusion de la performance à court terme, tout en dégradant progressivement l’actif qui la rend possible.
Une base CRM n’est pas un robinet qu’on ouvre plus en fonction des besoins. C’est un système vivant, dont la qualité conditionne directement les résultats futurs.
Arbitrer correctement, ce n’est pas opposer marketing et commerce. C’est démontrer que la performance durable dépend de la préservation de la base autant que de son activation.
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